Maria DIOP
Dans un univers où l’art, la mémoire et l’identité se croisent pour façonner des trajectoires uniques, Maria DIOP s’impose comme une voix essentielle de la scène culturelle africaine. Journaliste, coach certifiée en art-thérapie, communicante, scénariste et autrice, elle explore avec sensibilité les liens profonds entre création artistique, résilience personnelle et héritage culturel. À travers ses projets, son engagement et son écriture, elle met en lumière des récits qui inspirent, élèvent et reconnectent chacun à ses racines. Aujourd’hui, elle partage avec nous sa vision, son expérience et les convictions qui guident son travail au service de l’art et de la culture.
1- Votre parcours est profondément ancré dans l’art, la culture et la résilience personnelle.
Quel moment-clé de votre vie vous a fait comprendre que votre mission était de créer des ponts entre ces trois dimensions ?
Le moment-clé a été celui où j’ai compris que l’art n’était pas seulement une passion, mais un langage capable de traduire ce que les mots refusaient d’exprimer. Dans une période de ma vie marquée par des remises en question, je me suis appuyée sur l’écriture, la musique, les symboles et les récits de nos cultures. C’est là que j’ai découvert que la résilience n’est pas une abstraction : elle est profondément culturelle. J’ai alors compris que ma mission était de créer des ponts entre ces univers, l’art, l’identité et la guérison, parce que moi-même, je m’étais reconstruite sur ces trois piliers.
2- Vous dites que votre travail met en lumière “les voix, les parcours et les mémoires qui nous inspirent à évoluer”.
Comment choisissez-vous les histoires que vous portez ? Qu’est-ce qui vous touche en premier chez une personne ou une œuvre ?
Je choisis les histoires qui ont une âme. Celles où je sens une tension intérieure : une lutte, une lumière, une vérité. Ce qui me touche en premier, c’est la vulnérabilité. Quand une personne, une œuvre ou un récit assume son authenticité, même imparfaite, je sais qu’il y a quelque chose à transmettre. Je m’intéresse moins aux trajectoires parfaites qu’aux parcours qui montrent la force d’avancer malgré tout. C’est là que se trouve l’humanité, et c’est cette humanité-là que je veux porter.
3- Vous êtes journaliste, coach certifiée en art-thérapie, scénariste, communicante et autrice. Comment parvenez-vous à harmoniser ces casquettes dans votre quotidien professionnel ?
Je ne les harmonise pas, ce sont elles qui se complètent naturellement. Chaque rôle nourrit l’autre : le journalisme affine ma capacité d’écoute et de narration ; l’art-thérapie me ra-mène à l’humain ; la scénarisation me permet de structurer le réel ; la communication donne une direction ; l’écriture relie tout. Je fonctionne en écosystème. Mes compétences ne s’opposent pas, elles dialoguent. C’est ce dialogue permanent qui donne cohérence à mon travail.
4- Votre livre ‘‘Choisissez votre bonheur’’ parle de construction de soi. En quoi votre histoire personnelle, votre culture et vos racines ont elles influencé son écriture ?
Ce livre est né d’un voyage intérieur. J’y ai mis mes questionnements, mes doutes, mes renaissances. Je viens d’une culture où les récits, les symboles, les proverbes et les traditions ont toujours servi de boussole. Mes racines m’ont appris que le bonheur n’est pas un hasard mais une construction ; qu’il existe dans l’équilibre entre soi, les autres et ce qui nous dépasse. J’ai voulu écrire un ouvrage qui honore cette transmission tout en offrant des outils modernes de compréhension de soi.
5- Après votre passage au Ministère de la Culture et dans des médias comme Seneweb ou Marodi TV, quel regard portez-vous aujourd’hui sur la place de l’art et de la culture africaine dans les médias ?
La culture africaine est en pleine affirmation, mais elle manque encore de cadres de valorisation cohérents.Les talents existent, l’énergie créative est immense, mais la médiatisation reste souvent superficielle ou trop dépendante de tendances éphémères. Il nous faut des espaces médiatiques qui expliquent, contextualisent, célèbrent et transmettent. Les médias ont un rôle central : ils doivent devenir des partenaires de la mémoire et non de simples relais d’actualité.
6- Vous travaillez beaucoup autour de la santé mentale et du “retour aux sources”. Selon vous, quel rôle la culture africaine peut-elle jouer dans le bien-être et la reconstruction personnelle ?
Un rôle fondamental. Nos cultures ont toujours intégré des formes de thérapie : les rites, les chants, les contes, les liens communautaires, la spiritualité, la symbolique des ancêtres. La santé mentale n’est pas seulement clinique ; elle est identitaire. Revenir à nos sources, ce n’est pas être passéiste : c’est retrouver ce qui nous structure, ce qui nous ancre, ce qui nous rassure. L’art et la culture apportent cette verticalité essentielle à la reconstruction.
7- En tant que fondatrice de TandarMag et directrice de l’agence Tandartma, quels sont les défis majeurs du marketing culturel aujourd’hui en Afrique ?
Le premier défi est le positionnement : comprendre que la culture n’est pas un produit comme les autres. Le second est la formation : beaucoup d’acteurs créatifs manquent d’outils de communi-cation adaptés. Le troisième est la valorisation économique : transformer la créativité en industrie durable. Enfin, il y a la nécessité de créer des narrations fortes qui respectent l’authenticité tout en étant accessibles au grand public.
8- Dans vos projets de scénarisation, comment parvenez-vous à intégrer l’identité, la mémoire et les héritages culturels dans des histoires destinées au grand public ?
Mon objectif est de rendre notre culture universelle sans la dénaturer. Chaque histoire porte une mémoire : mon travail est de la faire respirer dans une fiction qui parle à tous.