1- Peux-tu nous raconter le moment où tu as décidé de te réinventer après ton échec en médecine et de te lancer dans l’infographie et le digital ?
Après mon échec en médecine, j’ai pris le temps de réfléchir à la direction que je voulais donner à ma vie. Mon père m’a alors rappelé que la communication était un domaine intéressant, mais vaste. Il m’a encouragée à trouver la filière qui me correspondrait le mieux, en me parlant de l’infographie qu’il appelait « imagerie numérique ». J’ai donc choisi les arts numériques et, au fil du temps, je m’y suis épanouie. J’ai découvert un univers où je pouvais exprimer ma créativité, raconter des histoires visuelles et, surtout, me sentir à ma place.
2- Ton expérience chez Jumia a été un tournant. Quelle anecdote ou situation a le plus marqué ton parcours à cette période ?
Je suis arrivée chez Jumia très jeune, fraîchement sortie de l’école. J’étais encore novice, mais déjà passionnée par le digital. Quand on m’a fait confiance pour gérer certaines campagnes, j’ai tout donné. Cette expérience m’a permis d’apprendre vite, de me challenger et de comprendre l’importance du travail d’équipe et de la rigueur. Jumia a été une véritable école de la vie et du métier. C’est là que j’ai compris que la passion, lorsqu’elle est soutenue par la persévérance, ouvre toutes les portes.
3- Comment décrirais-tu ton style et ta vision en tant que créative ?
Avant, je pensais qu’une affiche devait simplement être belle. Aujourd’hui, je sais qu’elle doit avant tout être impactante. Travailler en agence m’a appris à donner du sens à chaque visuel. Mon style, c’est un mélange de concept, d’émotion et d’un brin de folie. J’aime créer des visuels qui racontent une histoire, qui font réfléchir ou ressentir quelque chose. C’est cette approche qui me guide dans tout ce que je fais.
4- En tant que présidente de Juste un peu d’amour, comment concilies-tu ton engagement philanthropique avec ton métier dans le digital et le design ?
C’est un vrai défi au quotidien. Réorganiser le travail, planifier les actions et gérer ma carrière dans le digital demande beaucoup d’énergie. Mais Juste un peu d’amour est un projet que je porte avec le cœur, donc je le fais avec passion. Pour la petite histoire, le nom “Juste un peu d’amour” a été trouvé par mon père. Il résume parfaitement notre philosophie : donner, même un peu, mais avec sincérité et amour. Nous organisons des actions célestes une fois par an maintenant à cause des emplois du temps et la charge de travail, qui sont des moments forts de partage et de solidarité. Mais je suis aussi dans d’autres groupes de soutien et d’aide aux enfants Grâce à mes amis , mon fiancé et à une équipe de bénévoles formidables, j’arrive à trouver un équilibre. C’est parfois épuisant, mais tellement gratifiant.
5- Quels ont été les plus grands défis auxquels tu as fait face dans tes 4 ans de carrière, et comment les as-tu surmontés ?
Le premier défi a été de concilier mes études de master avec mon travail. Ce n’était pas facile, mais j’y suis parvenue grâce à la discipline et à la passion. Ensuite, j’ai dû affronter la peur de m’exprimer en anglais lors de calls ou de réunions (rire). Avec le temps et la pratique, c’est devenu plus naturel. Un autre grand défi a été d’ajouter le social media management à mes compétences pour mieux comprendre le digital dans sa globalité. Et enfin, j’ai dû apprendre à oser me montrer sur les réseaux. Pendant longtemps, j’avais peur de m’exposer, mais j’ai fini par me convaincre que j’avais ma place et quelque chose à apporter.
6- Tu as reçu deux distinctions importantes. Peux-tu partager le moment où tu as appris que tu allais être récompensée et ce que cela a signifié pour toi ?
Oui, j’ai reçu trois distinctions jusqu’à présent. La première était un diplôme d’honneur au concours ACA. Même si je n’ai pas eu la première place (rire), j’étais très fière, car cela symbolisait le courage d’avoir osé me montrer et de sortir de ma zone de confort. Les deux autres prix ont été une vraie consécration. Je voulais prouver que les femmes ont du potentiel dans le digital, et ces reconnaissances m’ont confortée dans cette idée. Quand je les ai reçus, je me suis dit : « J’ai franchi une étape, et un jour, je raconterai ça à mes enfants ! » (rires)
7- En travaillant en agence de communication, quel projet ou expérience t’a le plus permis de progresser et pourquoi ?
Je veux d’abord remercier mon Directeur de création, BINI Nazaire, et mon Directeur artistique, Élie FOUA Bi, qui m’aident chaque jour à me dépasser. Dès mon arrivée en agence, M. Bini m’a confié le projet Oreole Assurance – Minene Santé. J’ai travaillé dessus avec énormément de cœur et de rigueur, car je ne voulais pas décevoir. Le résultat a été incroyable : mes créations se sont retrouvées sur des affiches de 12 m² dans toute la Côte d’Ivoire. C’était un moment de fierté immense, et la preuve que la confiance et le travail acharné mènent toujours à de belles récompenses.
8- Si tu devais raconter une anecdote qui illustre ta résilience et ta détermination, laquelle choisirais-tu
À chaque changement de poste, j’ai eu des débuts difficiles. Je me souviens avoir pleuré les deux premiers jours (rire), mais j’ai toujours eu la chance d’avoir des patrons qui croyaient en moi. Leur confiance m’a toujours poussée à aller plus loin. Avant de quitter Jumia, les boss m’avaient fixé un objectif : atteindre 41 000 abonnés sur les réseaux. Nous étions à 3 000 au départ, et en deux semaines, j’ai réussi. Ce genre de défi est ce qui me motive le plus. J’aime me dépasser et prouver que rien n’est impossible quand on y croit vraiment.
9- Comment imagines-tu ton futur dans l’infographie, le digital et la philanthropie dans les prochaines années ?
Je me vois alliant pleinement le graphisme et le digital, en suivant les traces des femmes inspirantes comme Mme Karine OULATE. Je rêve d’être décorée par l’État pour mon savoir-faire, peut-être comme chevalier dans l’ordre du mérite de la communication. Je me vois aussi dans la communication politique ou sportive, ou même les deux ! Mais surtout, je veux transmettre, former les jeunes dans les zones reculées de la Côte d’Ivoire, de l’Afrique et impacter ma génération à travers le digital et l’amour du travail bien fait.
10- Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui doute de ses capacités et hésite à changer de voie professionnelle ?
Je lui dirais de ne jamais douter de lui. S’il est sur cette terre, c’est par la grâce de Dieu, et cela signifie qu’il a en lui un potentiel immense, des graines que Dieu a plantées et qui ne demandent qu’à germer. Il faut croire en soi, accepter les remarques constructives, apprendre à se détacher des critiques et prier avant de faire ses choix. Avec la persévérance, tout finit par s’aligner.