1- Peux-tu nous raconter comment tu as commencé dans le design UI/UX et graphique ? Qu’est-ce qui t’a inspiré à suivre cette voie ?
J’ai commencé le design sans vraiment savoir que j’en faisais. À l’université, je développais déjà de petites interfaces directement en code. Je ne passais pas par des logiciels de design, mais j’avais ce souci du détail, ce goût pour le beau et le fonctionnel. Mes amis et même certains professeurs m’appelaient déjà « le designer ». En Master 1, j’ai reçu ma première vraie demande d’un client : concevoir une interface. Je n’en avais jamais fait auparavant. Je me souviens m’être enfermé toute une nuit, avoir téléchargé Adobe XD et suivi des tutoriels jusqu’au matin. Ce n’était pas parfait, il y a eu beaucoup de retours, mais le client a fini par être satisfait. C’est à ce moment-là que j’ai compris que je voulais aller plus loin.
2- Tu as travaillé avec plus de 50 marques et différents types de projets (sites vitrine, ecommerce, applications mobiles, SaaS). Quel projet t’a le plus marqué et pourquoi ?
Un projet qui m’a profondément marqué est celui que j’ai mené avec une institution étatique très prestigieuse du pays. C’était un projet extrêmement challengeant et, honnêtement, parfois très frustrant. On faisait face à une procédure administrative complexe, avec énormément d’éléments à prendre en compte et des contraintes nouvelles pour moi à l’époque. Il ne s’agissait pas seulement de concevoir une interface, mais de comprendre un système lourd et structuré, puis de le rendre utilisable. C’était aussi un très grand privilège d’apporter sa pierre à l’édifice. Avec l’équipe, nous avons relevé le défi. Les parcours ont été pensés, les tests utilisateurs réalisés et validés : tout était prêt. Mais, à la fin, le projet n’a malheureusement jamais vu le jour, pour des raisons que je préfère taire ici. J’en garde encore un goût amer, parce que c’était un projet solide, utile et humainement très enrichissant. Mais c’est aussi ce genre d’expérience qui forge un designer.
3- Ton parcours est impressionnant, comment as-tu géré les périodes de stress pour pouvoir donner le meilleur de toi ?
Honnêtement, ça n’a pas été simple. Il y a eu la peur permanente de ne pas être à la hauteur, surtout au début. Et il y avait aussi la pression financière. Au tout début, j’acceptais presque tous les projets, à des prix parfois très bas, parce qu’il fallait avancer, payer les charges, survivre. Ce qui m’a aidé, c’est de me rappeler pourquoi je faisais ce métier. J’ai appris à transformer le stress en moteur, à travailler plus, à me former en continu et, surtout, à ne pas abandonner quand ça devenait compliqué.
4- Tu as été élu Meilleur Designer UI/UX ACA 2024. Selon toi, que faut-il pour atteindre ce niveau d’excellence ? Les compétences techniques suffisent-elles ou y a-t- il d’autres facteurs clés ?
Les African Creative Awards 2024 ont été une très belle expérience pour moi. L’événement s’est déroulé dans de très bonnes conditions et, sur le moment, je ne mesurais pas vraiment l’impact que cette distinction allait avoir par la suite. Avec du recul, je me rends compte que ce n’est pas seulement un trophée, mais une reconnaissance du travail accompli sur la durée. Je tiens aussi à faire un clin d’œil à Wilfried Assomo, qui a terminé juste derrière moi. C’est un designer camerounais très talentueux, et la compétition avec lui a été particulièrement stimulante. Au fond, ce niveau d’excellence ne repose pas uniquement sur la technique. Il repose sur la constance, la rigueur, la capacité à apprendre, à se remettre en question et à tenir sur la durée.
5-Comment arrives-tu à créer des interfaces qui répondent parfaitement aux briefs clients ?
Je passe beaucoup de temps à écouter. Souvent, le client n’exprime pas clairement son besoin. Mon travail consiste à lire entre les lignes et à poser les bonnes questions. Une fois le problème bien compris, le design devient presque naturel. Le vrai déclic ne vient pas de l’inspiration, mais de la compréhension.
6- Parmi les outils que tu utilises (Figma, Adobe XD, Photoshop, Illustrator, Jira, Maze), lequel est ton préféré et pourquoi ?
Figma reste mon outil central aujourd’hui, surtout pour le travail collaboratif et la conception UX/UI. Mais j’utilise aussi beaucoup Adobe Illustrator, notamment pour tout ce qui touche à l’identité visuelle, ainsi que Notion, qui m’aide énormément à structurer mes projets, mes idées et mes processus. Pour moi, les outils sont importants, mais ils restent secondaires. Ce qui compte vraiment, c’est la réflexion et la logique derrière chaque décision.
7- Peux-tu décrire ta démarche UX lorsque tu commences un nouveau projet ? Comment passes-tu de l’idée à un prototype final ?
Je commence toujours par comprendre le contexte global du projet : qui sont les utilisateurs, quels sont les objectifs réels et quelles sont les contraintes, qu’elles soient techniques, métier ou budgétaires. Cette phase est essentielle, parce qu’un bon design repose d’abord sur une bonne compréhension du problème. Ensuite, je travaille sur la structuration de l’information et les parcours utilisateurs. Selon l’ampleur du projet, cela peut passer par des wireframes détaillés ou simplement des zonings de base lorsque le périmètre est plus réduit. L’idée est de poser une fondation claire avant de penser à l’esthétique. Le prototype intervient ensuite comme un outil de validation. Ce n’est jamais une finalité, mais un moyen de tester, d’ajuster et d’itérer. Je retravaille autant de fois que nécessaire jusqu’à obtenir une solution simple, fluide et réellement efficace pour l’utilisateur.
8- Tu as formé des étudiants à devenir des « ninjas UX ». Quelles compétences clés considères-tu indispensables pour réussir dans le design aujourd’hui ?
Lorsque je formais des étudiants, j’insistais avant tout sur la capacité à réfléchir. Pas seulement à exécuter des maquettes, mais à comprendre les problèmes. Je mettais aussi beaucoup l’accent sur la rigueur, la curiosité et la capacité à encaisser les retours. Mon objectif n’a jamais été de vendre du rêve, mais de préparer les étudiants à la réalité du métier : les contraintes, les délais et les clients exigeants.
9- Comment abordes-tu le fait de transmettre ta créativité et ton savoir-faire à tes étudiants tout en restant à la pointe des dernières tendances ?
Quand je formais encore, j’essayais de transmettre des bases solides plutôt que de simples tendances. Je poussais mes étudiants à justifier leurs choix, à tester et à se tromper. Aujourd’hui, faute de temps et avec mes engagements actuels, je ne forme plus, mais cette période a énormément nourri ma propre pratique et ma vision du design.
10- Quel est, selon toi, l’avenir du design UI/UX et du graphisme en Afrique et à l’international ?
L’évolution est très positive. De plus en plus d’entreprises comprennent aujourd’hui l’importance du design UX. Quand j’ai commencé, ce n’était pas du tout le cas au Cameroun, par exemple. Le métier n’était pas vulgarisé, et certaines entreprises considéraient encore le design comme un coût inutile. On passait directement au développement, avec des retours interminables et beaucoup de frustrations. Il fallait travailler pour une entreprise à l’étranger pour avoir un salaire et une considération conséquente. Aujourd’hui, les mentalités changent. Les entreprises intègrent de plus en plus de designers dans leurs équipes, comprennent la valeur de la réflexion en amont, et c’est une excellente chose. En Afrique comme à l’international, le design est en train de prendre la place stratégique qu’il mérite.
11- Si tu pouvais changer une chose dans la manière dont les entreprises abordent le design, quelle serait-elle ?
Je ferais comprendre que le design n’est pas une couche finale. Il doit être intégré dès le début des projets. Quand le design est pensé comme un investissement et non comme une dépense, les résultats sont toujours meilleurs.
12- Pour finir, quel conseil donnerais-tu aux jeunes designers qui veulent se lancer dans l’UI/UX et le design graphique aujourd’hui ?
Ne brûlez pas les étapes. Acceptez d’apprendre, de vous tromper, de recommencer. Travaillez dur, formez-vous en continu et, surtout, soyez patients. Le design est un marathon, pas un sprint.