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Hélène Cuny-Coulibaly

Entre l’Europe, l’Afrique et les grandes institutions internationales, Hélène Cuny-Coulibaly a construit un parcours où la communication dépasse largement le cadre des messages pour devenir un véritable outil d’influence et de transformation. De ses débuts chez Orange à la création de l’Agence Cordia, en passant par des missions stratégiques auprès de l’Union africaine et aujourd’hui la conduite d’une campagne financée par l’Union européenne dédiée à la jeunesse, elle évolue au cœur des enjeux qui façonnent les politiques publiques et le développement. Dans cette interview, elle revient sur les choix, les défis et les convictions qui ont forgé une trajectoire exigeante, guidée par une vision claire : faire de la communication un levier d’impact durable et de changement concret.

1- Si vous deviez résumer votre parcours en une idée directrice, quelle serait-elle et pourquoi ?
Je dirais croire en soi. Quoi qu’il arrive. Il y a énormément de hauts et de bas dans la vie professionnelle, surtout quand on vise la réalisation de ses rêves. Il ne faut pas se décourager, apprendre de ses erreurs, rester humble.
Je dirais aussi : créer de l’impact à travers la communication.
Depuis le début de mon parcours, j’ai toujours été attirée par des projets qui vont au-delà de la visibilité ou du marketing pur. Que ce soit dans le secteur privé, institutionnel ou entrepreneurial, j’ai cherché à utiliser la communication comme un outil capable de connecter, mobiliser et faire évoluer les perceptions. C’est ce fil conducteur qui relie aujourd’hui toutes mes expériences.
2- Vous avez évolué entre l’Europe, l’Afrique et des environnements institutionnels de haut niveau. Qu’est-ce qui a façonné votre vision de la communication stratégique ?
Le fait d’avoir travaillé dans des contextes très différents m’a appris qu’une bonne communication ne peut jamais être uniquement “esthétique”. Elle doit avant tout être adaptée à un contexte humain, culturel et politique précis.
L’Europe m’a apporté une forte culture de la structuration et de la méthodologie, tandis que l’Afrique m’a appris l’agilité, la proximité et l’importance de comprendre les réalités du terrain. Aujourd’hui, ma vision repose sur cet équilibre entre stratégie, créativité et compréhension locale.
3- Quels ont été les tournants décisifs qui ont influencé votre trajectoire professionnelle ?.
L’un des premiers tournants a été mon expérience à l’international, qui m’a permis de développer une vision beaucoup plus large des métiers de la communication.
Ensuite, les expériences dans des environnements institutionnels et multiculturels ont profondément influencé ma manière de travailler, notamment dans la gestion de projets complexes et sensibles.
Ensuite, mon arrivée en Côte d’Ivoire en 2019, qui m’a ouvert les portes de l’entrepreneuriat. Ici tout semble possible et les possibilités sont infinies.
La création de l’Agence Cordia a marqué un vrai changement de posture : passer d’exécutante à décideuse, et construire une vision sur le long terme.
4- Chez Orange, vous avez travaillé sur des campagnes globales à grande échelle. Quelle compétence ou discipline y avez-vous acquise qui vous sert encore aujourd’hui ?
Orange m’a appris la rigueur et la structuration. Travailler sur des campagnes globales implique une coordination extrêmement précise entre plusieurs équipes, plusieurs pays et plusieurs objectifs.
J’y ai également développé une forte culture du résultat et de la mesure de performance. Aujourd’hui encore, cela influence beaucoup ma manière de piloter les projets : une campagne créative doit aussi être pensée de manière stratégique et mesurable.
5- Votre expérience auprès de l’Union africaine et des projets internationaux vous place au cœur des enjeux de politiques publiques. Quel défi avez-vous trouvé le plus complexe à gérer dans cet univers institutionnel ?
Le défi le plus complexe est souvent de réussir à rendre des sujets institutionnels accessibles et engageants pour le grand public.
Dans ces environnements, il faut trouver un équilibre entre les exigences diplomatiques, les validations multiples et la nécessité de créer des messages qui restent humains et compréhensibles. C’est un travail qui demande beaucoup d’écoute, de pédagogie et de sens stratégique.
6- Créer une agence de communication de zéro est un pari ambitieux. Quel a été le moment le plus difficile lors de la construction de l’Agence Cordia ?
Le plus difficile a probablement été la phase où il fallait construire à la fois la crédibilité, l’équipe et la stabilité financière en même temps.
Quand on lance une agence, il faut apprendre à gérer plusieurs rôles simultanément : la stratégie, le commercial, la production, le management… tout en gardant une vision claire. Cela demande beaucoup de résilience et une capacité à continuer même dans les périodes d’incertitude.
7- Entre gestion d’équipe, acquisition de clients et positionnement stratégique, quel aspect de l’entrepreneuriat vous a le plus challengée personnellement ?
La gestion humaine, sans hésiter.
Les compétences techniques s’apprennent relativement vite, mais apprendre à fédérer une équipe, gérer des personnalités différentes, maintenir une dynamique et faire grandir les collaborateurs est un travail beaucoup plus profond. C’est aussi ce qui m’a le plus fait évoluer en tant que leader.
8- Vous pilotez aujourd’hui une campagne financée par l’Union européenne autour de la jeunesse. Comment construit-on un message capable de parler à une génération aussi diverse et exigeante ?
Aujourd’hui, les jeunes attendent des messages plus authentiques, plus directs et surtout plus proches de leurs réalités.
Construire une campagne pour cette génération demande d’abord beaucoup d’écoute : comprendre leurs usages, leurs codes, leurs frustrations et leurs aspirations. En Côte d’Ivoire par exemple, on s’adresse à une population très jeune, extrêmement connectée et qui consomme principalement du contenu vidéo sur mobile.
L’enjeu n’est donc plus seulement de communiquer, mais de réussir à créer une vraie connexion.
9- Dans votre parcours, quelle a été la décision la plus risquée que vous ayez prise, et qu’est-ce qu’elle vous a appris ?
La décision la plus risquée a certainement été de quitter une trajectoire professionnelle plus stable pour entreprendre et créer l’Agence Cordia en Côte d’Ivoire.
À ce moment-là, j’avais déjà évolué dans des environnements internationaux structurés, avec des perspectives de carrière relativement sécurisées. Revenir à Abidjan pour construire une agence à partir de zéro représentait donc un vrai saut dans l’inconnu.
Je me souviens notamment des débuts, où il fallait convaincre de grands clients de faire confiance à une jeune structure, tout en construisant l’équipe, les process et la crédibilité de l’agence. Il y a eu des périodes où nous devions gérer plusieurs projets importants avec des ressources encore limitées, et cela demandait énormément d’adaptation et de résilience.
Avec le recul, cette expérience m’a appris que les décisions les plus inconfortables sont souvent celles qui nous font le plus évoluer. Elle m’a aussi appris l’importance de la patience, de la constance et surtout de la capacité à continuer à avancer même lorsque tout n’est pas encore parfaitement en place.
10- Quels sont les défis invisibles que peu de gens imaginent dans la communication stratégique internationale ?
Beaucoup de personnes voient uniquement la partie visible des campagnes, mais il y a tout un travail invisible de coordination, de diplomatie et d’anticipation.
Dans des projets internationaux, il faut souvent gérer des validations complexes, des sensibilités culturelles différentes, des contraintes politiques et des délais très serrés. La communication stratégique demande donc autant de compétences humaines que créatives.
11- Comment avez-vous évolué en tant que leader, notamment dans la gestion d’équipes multiculturelles et de projets à forte pression ?
Avec le temps, j’ai appris qu’un bon leadership ne repose pas uniquement sur le contrôle, mais aussi sur l’écoute et la capacité à faire confiance.
Travailler avec des équipes multiculturelles m’a appris à adapter ma communication, à mieux comprendre les différentes manières de travailler et à créer un cadre clair tout en laissant de l’autonomie. Aujourd’hui, je pense être devenue un leader plus stratégique, mais aussi plus humain.
12- Avec le recul, quel conseil donneriez-vous à une jeune femme ou un jeune homme qui souhaite construire une carrière entre communication, impact et institutions internationales ?
Je leur dirais de ne pas se limiter à développer uniquement des compétences techniques. La curiosité, l’adaptabilité, la capacité à comprendre les enjeux humains et culturels sont tout aussi importantes.
Je leur conseillerais aussi d’oser se rendre visibles, de créer des connexions et surtout de rester cohérents avec leurs valeurs. Les opportunités viennent souvent des relations que l’on construit et de la manière dont on se positionne.
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