1- Vous avez commencé il y a près de 10 ans… Quelle est l’étincelle qui vous a donné envie de transformer des carrières
Effectivement, j’ai commencé il y a près de dix ans, mais ce qu’il faut savoir, c’est que je suis d’abord le produit d’une reconversion professionnelle. Je n’ai pas démarré ma carrière comme manager du recrutement ou gestionnaire de carrière. J’ai commencé en tant que business developer. Pendant plusieurs années, j’ai exercé ce métier, et même si j’y ai appris énormément, je sentais que quelque chose me manquait. J’ai toujours été passionnée par l’humain, et à un moment, je me suis retrouvée dans une vraie réflexion sur mon avenir : qu’est-ce que je voulais vraiment faire de ma vie professionnelle ? C’est à ce moment-là qu’une opportunité s’est présentée : un poste de responsable recrutement et formation. Le contexte était particulier, car je travaillais déjà dans une entreprise spécialisée dans les ATS (Applicant Tracking Systems), donc je connaissais bien les outils et les rouages du recrutement. J’avais aussi une expérience dans la formation. Autrement dit, j’étais armée, mais il me manquait encore ce déclic. Et ce déclic est arrivé dès mes premiers pas dans le recrutement. Quand vous êtes du côté du recruteur, vous réalisez très vite à quel point il y a un fossé entre le talent réel des candidats et la manière dont ils le présentent. J’ai vu des CV mal configurés, des présentations bancales, des candidats brillants mais incapables de valoriser leurs compétences. J’ai vu des jeunes pleins de potentiel échouer, non pas parce qu’ils n’étaient pas bons, mais parce qu’ils n’avaient jamais appris les codes : comment construire un CV percutant, comment répondre à la fameuse question « Pourquoi vous et pas un autre ? », comment pitcher son parcours en deux minutes. Et c’est là que j’ai ressenti cette étincelle. Je me suis dit : « Si personne ne leur dit comment faire, ils vont continuer à se casser la figure, à passer à côté d’opportunités qui pourraient changer leur vie. » Ce jour-là, j’ai compris que mon rôle n’était pas seulement de recruter pour les entreprises, mais aussi d’accompagner les talents dans la construction de leur carrière. Parce que l’école et l’université ne nous préparent pas à ça. Parce que le monde du travail évolue vite, et que les recruteurs deviennent de plus en plus exigeants. C’est ainsi que je suis passée d’une simple opportunité professionnelle à une véritable mission : aider les gens à révéler leur potentiel, à franchir les barrières invisibles du marché de l’emploi et à transformer leurs CV en véritables carrières.
2- De BNP Paribas en France à Bolloré en Côte d’Ivoire… quel souvenir fort gardez-vous de cette expérience internationale ?
Je garde un souvenir très fort de cette expérience, car elle m’a permis de recruter dans des environnements extrêmement variés. En France, j’ai évolué dans un cabinet de régie qui mettait à disposition des profils IT pour de grandes entreprises telles que BNP Paribas, Société Générale, Lazard Frères, Accenture et bien d’autres. J’étais donc en immersion dans plusieurs structures à la fois, avec un seul point commun : la difficulté de recruter des profils IT.
Ce que je retiens, c’est à quel point le marché était compétitif. C’était une véritable course contre la montre : dès qu’une entreprise ouvrait un poste, plusieurs cabinets se positionnaient en même temps, et il fallait être non seulement rapide, mais aussi très précis pour proposer le bon candidat. Recruter devenait une bataille d’agilité et de réactivité. Cette école de la rigueur et de la vitesse m’a énormément marquée. Quand je suis revenue en Côte d’Ivoire et que j’ai commencé à recruter pour Ascens (filiale de AGL), et plus largement pour d’autres entreprises en Afrique de l’Ouest — au Sénégal, au Mali, au Burkina Faso — j’ai retrouvé cette rareté de talents dans les métiers techniques, mais dans un contexte différent. Ici, ce qui m’a frappée, ce sont surtout les écarts de pratiques : les modes de négociation salariale, les attentes des candidats et même la façon de valoriser son profil varient énormément d’un pays à l’autre. Cette diversité m’a beaucoup enrichie. Elle m’a appris qu’au-delà des compétences techniques, chaque marché du travail a sa propre culture et ses propres codes. Recruter en France n’est pas recruter en Côte d’Ivoire, et recruter en Côte d’Ivoire n’est pas recruter au Sénégal ou à Dubaï. Mais partout, une constante demeure : le besoin de trouver le bon talent au bon moment et l’importance de bien comprendre l’humain derrière chaque CV.
En fin de compte, cette expérience internationale m’a donné une conviction profonde : le recrutement n’est pas qu’un acte administratif ou technique, c’est une rencontre de cultures, de talents et de visions. Et c’est cette richesse qui rend mon métier passionnant
3- Dans vos rencontres avec les candidats, qu’est-ce qui vous frappe le plus : leurs forces… ou leurs blocages ?
Je dirais les deux : leurs forces et leurs blocages. Mais ce sont leurs blocages qui, au départ, m’ont donné envie de devenir gestionnaire de carrière ! Il faut comprendre que je porte deux casquettes. Quand je suis du côté du recruteur, ce qui me frappe, ce ne sont pas les blocages des candidats, mais au contraire leur force. J’aime rencontrer un candidat qui a pris le temps de lire sa fiche de poste et, au-delà, de comprendre la problématique réelle de l’entreprise. Derrière chaque offre d’emploi, il y a une difficulté concrète, un besoin urgent, parfois même un cri du cœur. Quand un candidat est capable de transformer ses expériences et ses compétences en une véritable solution, quand il me fait sentir sans avoir besoin de le dire explicitement « je suis la réponse à votre besoin », alors là, je suis épatée. Ce type de rencontre est toujours marquant.
En revanche, quand je suis dans la peau du coach en employabilité, ce sont les blocages qui sautent aux yeux. Cela commence souvent par le CV : la forme, le fond, la capacité (ou non) à mettre en valeur ses compétences. Certains candidats ignorent totalement le fonctionnement d’un ATS, ou encore la logique du tri des candidatures. D’autres ont du potentiel, mais manquent de discipline et de stratégie dans leur recherche d’emploi. Dans ces cas là, mon rôle est de leur transmettre cette rigueur : savoir se fixer des objectifs, suivre des indicateurs, traiter sa recherche d’emploi comme un véritable travail à temps plein. J’ai même parfois refusé d’accompagner des candidats parce que je savais qu’ils avaient déjà tout en main. Ce dont ils avaient besoin, ce n’était pas d’un coach, mais d’une meilleure discipline. En revanche, face à un candidat qui cumule les blocages, je vois un nouveau challenge. Et c’est ce que j’aime : transformer ces freins en leviers. Et il y a une chose dont je suis certaine : même si le succès ne vient pas immédiatement, quand un candidat sort de coaching avec toutes les armes pour réussir, ce n’est plus qu’une question de temps et de grâce de Dieu. Je sais qu’il m’appellera tôt ou tard pour dire : « Ça y est, j’ai eu l’opportunité. »
4- Si vous deviez donner un seul secret pour décrocher un entretien, ce serait quoi ?
Le CV, d’abord. Parce qu’en 2025, malgré toutes les évolutions, le CV reste la première porte d’entrée. On peut avoir les meilleures compétences, les meilleures relations, mais tôt ou tard, la question sera toujours : « Est-ce que tu peux m’envoyer ton CV, s’il te plaît ? » Le CV n’est pas juste un document, c’est une carte d’identité professionnelle. C’est la première impression que l’on donne à un recruteur. Et ce que beaucoup oublient, c’est qu’un bon CV n’est pas un CV générique. J’ai un slogan que je répète souvent : « Une offre d’emploi, un CV. »
Adapter son CV à chaque opportunité n’est plus une option, c’est une obligation. Parce que le marché évolue, parce que les ATS existent, et parce que demain, ces outils seront encore plus puissants. Ensuite, la discipline. Avoir un bon CV, c’est bien. Mais avoir la rigueur de postuler intelligemment, régulièrement, avec méthode, c’est mieux. Dans mes coachings, je mets en place avec mes candidats un tableau de candidatures : combien d’offres par semaine, quels secteurs, quels types de postes.
Car chercher un emploi, c’est un travail à part entière. L’idée n’est pas d’envoyer 100 candidatures au hasard et de n’avoir aucun retour, mais de cibler, d’être constant et de mesurer ses efforts comme de véritables KPI. Donc, si je devais résumer mon secret en une phrase : un CV de qualité et une discipline de fer dans la candidature ouvrent forcément la portede l’entretien.
5- LinkedIn est devenu un vrai terrain de jeu pour vous. Comment êtes-vous passée de recruteuse à influenceuse ?
En réalité, je ne suis pas passée de l’un à l’autre : je suis les deux à la fois. LinkedIn est mon premier outil de travail. C’est à la fois l’endroit où je trouve mes meilleurs candidats et l’endroit où mes clients viennent me chercher pour leurs projets de recrutement. C’est pourquoi j’ai toujours entretenu cette communauté, un peu comme on entretient sa chambre où l’on dort. Aujourd’hui, j’ai près de 80 000 abonnés, mais je me souviens très bien de mes débuts avec 200 ou 500 connexions. Chaque nouvelle centaine était une victoire. Aujourd’hui, c’est une véritable famille professionnelle, une richesse, et je considère qu’il est de mon devoir de l’entretenir, de partager et de donner en retour. Ce que je publie dépasse le recrutement pur et dur. J’écris sur la gestion de carrière, le management des équipes, le harcèlement en milieu professionnel, mais aussi sur l’Afrique, son image et son respect à l’international. Parce que je suis convaincue que l’influence ne doit pas seulement être du divertissement. Elle doit être positive et utile. Dans un monde où les jeunes, parfois vulnérables, sont exposés à toutes sortes d’influences, je veux apporter une voix différente : une voix qui valorise l’effort, l’éthique, la carrière, le respect de soi et de l’Afrique. Donc non, je ne suis pas passée de recruteur à influenceuse. Je recrute grâce à mon influence, et j’influence grâce à mon métier de recruteur. Les deux sont indissociables. LinkedIn est pour moi une communauté vivante, et c’est uniquement grâce à elle que je réussis aujourd’hui plusieurs recrutements chaque année. Pour cela, je lui dis merci.
6- Dans vos coachings, quel a été le déclic le plus marquant que vous avez vu chez un candidat ?
Chaque candidat a une histoire qui me touche. Mais s’il faut en citer une, sans hésiter, je parlerais de Joseph Carlos DA SILVEIRA. C’est un homme qui a vécu au Canada, puis aux États-Unis, avant de décider, comme beaucoup aujourd’hui, de rentrer en Côte d’Ivoire. Mais à son retour, il s’est retrouvé perdu. Oui, il travaillait, mais il ne savait pas ce qu’il voulait vraiment. Sa plus grande difficulté, c’était l’absence de clarté : « Je ne sais pas à quoi postuler. Je ne sais pas comment me positionner. » Quand il m’a envoyé son CV, j’ai compris pourquoi. Il n’était pas nul, mais il était éparpillé : trop d’expériences, trop de directions, un profil atypique difficile à « ranger » dans une case. Et les recruteurs, qu’on le veuille ou non, aiment avoir ce sentiment de sécurité quand ils recrutent un profil. Moins tu es éparpillé, mieux c’est.
Alors, nous avons commencé le coaching. Et dès la première séance, j’ai senti son potentiel brut. J’aime ce genre de profils : pas « parfaits », pas « faciles », mais pleins de richesses qu’il faut tailler comme un diamant brut. Au fil de nos échanges, nous avons réussi à trouver sa voie : un domaine qu’il n’avait pas imaginé, mais que j’ai su détecter en fonction du marché ivoirien. Le déclic a été immense pour lui. Et pour moi aussi. Parce qu’au-delà du coaching, il est devenu un relais incroyable : il n’a pas cessé de recommander mes accompagnements à son entourage, allant même jusqu’à payer des coachings pour ses amis en Italie, convaincu que ce qu’il avait reçu devait être partagé. Et le plus drôle dans l’histoire ? Nous avons découvert plus tard que nous étions en réalité… beaux-frères ! (rires) Ce parcours illustre parfaitement pourquoi j’aime ce métier : transformer des profils « perdus » en professionnels sûrs d’eux, capables d’évoluer, de signer des contrats et de reprendre confiance. Au-delà de lui, il y a tellement de témoignages marquants :
– Un candidat du Niger qui avait envoyé 123 candidatures sans un seul entretien en 2023… et qui, au bout de deux mois de coaching, a décroché un poste dans une organisation humanitaire internationale ;
– Une ancienne manager, brisée par le chômage, qui a retrouvé un poste prestigieux dans un pays qu’elle n’avait jamais imaginé ;
– Des candidats en France qui sont revenus en Côte d’Ivoire pour des salaires et avantages supérieurs.
Chaque histoire est unique. Et c’est ce qui rend ce métier si beau : derrière chaque CV, il y a une belle histoire qui s’est écrite.
7- Si on se projette dans 10 ans : à quoi ressemblera, selon vous, le futur du travail en Afrique ?
Le monde du travail évolue extrêmement vite. Il suffit de regarder en arrière : il y a seulement dix ans, le recrutement était très différent. On ne parlait pas encore d’ATS ni de digitalisation des processus. Aujourd’hui, il est possible de recruter un excellent profil sans jamais rencontrer la personne physiquement, simplement à travers des entretiens en ligneou même téléphoniques.
Dans dix ans, cette évolution ira encore plus loin. Les outils technologiques deviendront encore plus sophistiqués : des algorithmes capables de conduire des entretiens, d’analyser les réponses, de générer des rapports détaillés pour les recruteurs et de pro- poser des recommandations précises. La pandémie de coronavirus a montré à quel point nous pouvions nous adapter rapidement : si nous avons été capables de recruter efficacement à distance pendant cette période, imaginez ce que les innovations technologiques permettront dans les années à venir.
En Afrique, il faudra se préparer à cette révolution. Les candidats doivent comprendre que le monde du travail avance et qu’il ne revient jamais en arrière. Il est essentiel de se tenir à jour, de se former aux nouveaux métiers et aux nouvelles technologies. Certains métiers, comme celui de community manager, n’existaient pas il y a quelques années, et aujourd’hui, ils sont essentiels. Le futur du travail en Afrique sera donc marqué par une digitalisation accrue, l’apparition de nouveaux métiers et la nécessité pour chacun de rester dans la mouvance de l’innovation. Ceux qui s’adapteront et se formeront continuellement auront une longueur d’avance.
8- Enfin, imaginez que vous parliez à un jeune diplômé découragé aujourd’hui : quelle phrase choc vous aimeriez lui laisser ?
« Jeune homme, avant tout, je veux te poser une question simple : est-ce que ton CV est adapté aux exigences du marché actuel de l’emploi ? Est-ce que tu as une discipline dans ta façon de postuler ? Ou est-ce que tu envoies des candidatures quand ça te chante, entre deux vidéos sur Facebook ou YouTube qui n’auront aucun impact sur ta carrière ? La rigueur est la clé !!!
Décide qu’à chaque semaine, tu postules à un certain nombre d’offres, que tu cibles tes candidatures mais que tu explores aussi les candidatures spontanées. Évalue ton temps sur LinkedIn versus Facebook : Où se trouvent les recruteurs, selon toi ? Tiktok ou LinkedIn ? Ensuite, réfléchis à ton orientation. As-tu choisi une filière qui ouvre réellement des opportunités dans ton pays ou ta région ? Beaucoup de jeunes se retrouvent bloqués parce qu’ils ont choisi un domaine sans perspectives lo-cales. Dans ce genre de contexte, il faut prévoir la reconversion.
La reconversion n’est pas un échec : c’est réévaluer et se réorienter vers un poste proche de ta formation initiale, mais avec plus de chances de succès.
Enfin, n’oublie pas Dieu. Croire en Jésus, c’est reconnaître que les portes et les opportunités viennent de Lui. Mais la foi seule ne suffit pas. La persévérance, la rigueur et la discipline dans ta démarche feront toute la différence.
Je te donne un exemple concret : j’ai eu récemment un jeune candidat, brillant techniquement, mais désinvolte dès les premières minutes de l’entretien téléphonique. Sa manière de répondre montrait qu’il ne s’intéressait pas réellement à l’opportunité. Et pourtant, il avait toutes les compétences. Ce n’est pas un hasard si certains passent et d’autres non : le savoir-faire, c’est bien, mais le savoir-être, le respect de la posture professionnelle, les soft skills, c’est ce qui permet d’ouvrir les portes et de les maintenir ouvertes. Alors, jeune homme, prends courage. Soigne ton CV, ta discipline, ta posture, et crois en Dieu. Le chemin est exigeant, mais c’est cette rigueur combinée à la patience et à la persévérance qui te permettra de transformer tes efforts en opportunités. »
9- Enfin, si vous deviez donner un conseil aux jeunes Africains qui doutent de leur avenir professionnel, quel serait-il ?
« Croyez en Dieu, croyez en vous et travaillez sans relâche. » L’Afrique est exigeante, parfois dure, mais elle récompense ceux qui persévèrent. Vous n’avez pas besoin de tout avoir aujourd’hui. Commencez petit, mais commencez bien. Formez-vous, améliorez-vous, soignez votre réputation et soyez constants dans l’effort ! Je le dis souvent : le monde n’appartient pas à ceux qui sont les plus rapides, mais à ceux qui ne s’arrêtent pas. Même quand rien ne bouge, continuez à avancer. La graine met du temps à pousser, mais elle finit toujours par sortir de terre. Et ce jour-là, tout ce que vous aurez semé la discipline, la foi, la rigueur portera des fruits que personne ne pourra vous enlever.