1- Quitter le Cameroun pour devenir Directeur Artistique au Sénégal… À quel moment avez vous su que vous étiez prêt ?
Je n’ai pas attendu de me sentir prêt. J’ai attendu de me sentir limité. Il arrive un moment où votre environnement ne freine pas votre talent… mais il freine votre ambition. J’avais besoin d’un terrain plus vaste, d’un marché plus exigeant, d’un rythme qui me pousse à me dépasser. Quitter le Cameroun n’était pas une fuite. C’était un acte stratégique. J’ai compris que si je voulais devenir une référence, je devais accepter l’inconfort. L’inconfort est souvent le prix de la croissance.
2- Quand avez-vous cessé d’exécuter pour commencer à diriger la vision ?
Quand j’ai compris que le design n’est pas une question de “beau”, mais de pouvoir. Le jour où j’ai commencé à participer aux décisions stratégiques plutôt qu’aux simples exécutions, j’ai changé de posture. Un designer résout un problème visuel. Un directeur artistique anticipe un positionnement, influence une perception et construit un système. Diriger la vision, c’est accepter que chaque choix graphique engage la crédibilité d’une marque.
3- Votre signature créative en trois mots ?
Vision. Discipline. Impact.
– Vision, parce qu’une création sans direction est une décoration.
– Discipline, parce que le talent sans rigueur s’épuise vite.
– Impact, parce qu’une marque ne paie pas pour être jolie , elle paie pour exister dans l’esprit des gens.
4- Comment dirigez-vous une équipe créative ?
Je ne dirige pas par pression, je dirige par clarté. Quand une équipe comprend l’objectif stratégique, elle dépasse naturellement l’exécution. Mon rôle est de donner un cadre, de fixer un standard élevé et d’encourager l’audace. La créativité a besoin de liberté, mais la performance a besoin de structure. L’équilibre entre les deux fait la différence entre une bonne campagne et une campagne mémorable.
5- Vous avez travaillé dans plusieurs agences au Cameroun avant d’intégrer une structure à Dakar au Sénégal. Quelle différence voyez-vous dans la maturité du marché publicitaire entre ces deux écosystèmes ?
Le Cameroun m’a donné la résilience. Le Sénégal m’a donné l’exposition stratégique. Mais au-delà des différences, je vois surtout une opportunité continentale. L’Afrique entre dans une phase où son identité visuelle doit être assumée, structurée et exportable. Le futur du branding africain ne doit pas imiter. Il doit affirmer.
6- Vous intégrez les AI Design Assistants dans vos process. L’IA remplace-t-elle le designer ou amplifie-t-elle son génie ?
L’IA est un levier. Pas une menace. Les outils changent. Les leaders (créas) s’adaptent. Ceux qui refusent l’évolution deviennent spectateurs. Ceux qui l’intègrent deviennent références. La vraie différence ne sera plus technique. Elle sera conceptuelle.
7- Vous êtes aussi fondateur de Footclup. Pourquoi un directeur artistique ressent-il le besoin de créer sa propre marque ? Besoin de liberté ou vision plus grande ?
Parce que créer pour les autres m’a donné envie de construire pour moi. FootClup n’est pas un caprice entrepreneurial, c’est une vision culturelle. Le football est une religion en Afrique, mais peu de marques africaines en racontent l’histoire avec ambitionesthétique. Je veux contribuer à une culture textile sportive qui parle à notre génération et qui valorise notre identité.
8- Selon vous, quelle est l’erreur que font encore 80% des marques africaines aujourd’hui et comment ameliorer cela ?
Elles sous-estiment la puissance du branding. Beaucoup investissent dans la publicité sans. investir dans la plateforme de marque. Or sans fondation stratégique, aucune communication ne peut durer. Le branding est un acte de leadership.
9- Quel a été le moment le plus difficile de votre carrière, celui où tout semblait pouvoir basculer, et comment avez-vous réussi à surmonter ce doute ?
Le moment où j’ai dû croire en moi avant que les autres ne le fassent. Changer de pays, évoluer de poste, lancer une marque… Chaque étape vient avec un doute silencieux. Mais j’ai compris une chose : le doute n’est pas un signal d’abandon, c’est un test de conviction. Ce qui m’a maintenu, ce n’est pas la motivation. C’est la discipline quotidienne.
10- Les graphistes font souvent face à une pression immense en agence. Avez-vous une méthode ou une astuce pour gérer ce stress, et comment gérez-vous le vôtre au quotidien ?
Je hiérarchise. Je structure. Je respire. En agence, la pression est permanente. Mais la pression est productive quand elle est organisée. J’ai appris à compartimenter : le brief reste au bureau, ma santé mentale reste prioritaire. Un créatif épuisé produit des idées fatiguées, Un leader créatif ne transmet pas son stress à son équipe. Il absorbe, structure et redistribue l’énergie. La créativité demande de la sérénité stratégique.
11- Dans 10 ans, préférez-vous être reconnu comme un Art Director à succès… ou comme un bâtisseur qui a redéfini les standards créatifs en Afrique ?
Je dirais être un bâtisseur. Un poste est une étape. Une vision est un héritage. Si je peux contribuer à élever les standards créatifs en Afrique, à inspirer une génération de créatifs stratégiques et confiants, alors j’aurai fait plus que réussir, j’aurai participé à une transformation. Je ne veux pas seulement être reconnu. Je veux avoir contribué à redéfinir ce que signifie être créatif en Afrique, tant sur le plan entrepreneurial qu’artistique
12- Quel message puissant aimeriez-vous laisser à ceux qui évoluent dans le même domaine que vous et qui aspirent à devenir des références créatives ?
Arrêtez d’attendre la validation extérieure. Travaillez votre identité. Développez votre culture visuelle. Apprenez la stratégie. Le talent africain n’a rien à envier au reste du monde. Ce qui nous manque parfois, c’est la structuration. La créativité est un pouvoir. Apprenez à le diriger.