1- Peux-tu nous ramener à tes débuts : le moment précis où tu as compris que la création visuelle ferait partie de ta vie ?
Depuis aussi longtemps que je me souvienne, j’ai toujours eu un amour et un talent naturel pour les arts : le dessin, la peinture, la pâte à modeler, le tricotage de perles (beading), etc. Issue d’une famille où tous mes frères sont informaticiens, j’ai beaucoup été influencée par mon frère, qui est graphiste 3D. En le regardant évoluer dans ce domaine et en apprenant à ses côtés, j’ai su que ce métier était fait pour moi.
2- Que t’ont appris tes expériences fondatrices, notamment chez Les Signes CI et Groupe Défis et Stratégies ?
Les SignesCI a été ma toute première expérience dans une agence de communication 360°. C’était une aventure très enrichissante, où j’ai découvert les réalités du terrain, la publicité et mon amour pour le packaging design et le branding. Quant à Défis & Stratégies, c’était l’une de mes premières expériences chez l’annonceur, là où l’on ne travaille que sur la communication de l’entreprise elle-même. Cela m’a permis de sortir de ma zone de confort, de côtoyer un domaine très différent du mien et de me frotter au corporate pur. En somme, ces deux expériences, totalement opposées, ont contribué à renforcer ma polyvalence.
3- Comment ton passage chez McCann Worldgroup a-t-il transformé ta manière de penser la création et la communication ?
Mon passage dans cette structure, que je qualifierais de dimension internationale, a contribué à polir mes compétences. J’ai été confrontée à des projets aussi variés qu’exigeants, ainsi qu’à la pression de toujours proposer des rendus plus créatifs.
4- En 2023, une reconnaissance continentale arrive. Que s’est-il passé en toi au moment où tu as été sacrée Best Female Creative aux African Creative Awards ?
Ce prix est une très grande fierté, et cette reconnaissance un boost énorme pour continuer de faire mieux.
5- Avec YESWECANGE, tu t’inscris dans la durée. Comment ces cinq années ont-elles façonné ta maturité artistique et ton identité créative ?
Ces cinq dernières années ont clairement marqué une grande évolution dans ma carrière. J’ai appris à gérer une équipe de créatifs et à développer des capacités de leadership, malgré le fait que je ne me sentais pas apte au départ. J’ai pris confiance en moi en étant là pour partager mes connaissances, orienter, mais aussi apprendre de mes collègues. Bien entendu, des années de pratique se sont ajoutées à mon expérience, ce qui m’a permis d’atteindre le niveau auquel je suis actuellement : une créative, je dirais, « plus aguerrie et polyvalente », même s’il me reste encore beaucoup à apprendre.
6- Quels ont été les doutes, les blocages ou les épreuves qui ont marqué ton chemin, et comment les as-tu dépassés ?
Dans le parcours d’un graphiste, il y a plusieurs blocages : la banalisation du métier que l’on exerce, le manque de reconnaissance de ce travail, le manque de marchés et, par ricochet, le manque de moyens pour s’acheter du matériel adapté, etc. Mais, pour moi, le plus grand blocage reste le manque d’inspiration pour créer des concepts originaux et impactants, le tout dans des délais parfois très courts et pour des domaines très concurrentiels. C’est un blocage récurrent et, à chaque fois, beaucoup de concentration, de veille et même, dans les cas extrêmes, un léger « sacrifice de ma vie sociale » (rires) permettent de dénicher le concept ou l’idée qui fera la différence. Le deuxième blocage, pour moi, est la banalisation de notre métier, qui est parfois relégué au rang de sous-métier ou de hobby, surtout avec l’avènement des IA génératives. C’est un combat au quotidien, pour lequel je reste toujours mobilisée en participant à des panels et à des conférences, afin de faire valoir ce métier et de montrer l’utilité des créatifs formés et professionnels. Car le design n’est pas un passe-temps, mais bien un métier qui mérite le respect et une rémunération à part entière.
7- Ton travail mélange précision graphique et sensibilité illustrative. Comment ton univers personnel s’est-il construit au fil des projets et des rencontres ?
L’influence graphique de mon frère a été un facteur clé dans la construction de mon univers personnel. Puis, avec mes différents passages en agence, chez l’annonceur et en freelance, j’ai eu l’occasion de travailler sur plusieurs projets, ce qui a également énormément contribué à façonner mon approche. Et bien sûr, un point à ne pas négliger : une veille constante, ainsi que des formations et des tutoriels dont je me nourris continuellement, ont forgé ma sensibilité et ma précision graphiques actuelles.
8- Peux-tu nous décrire ton processus créatif ? Quelles étapes sont les plus importantes selon toi ?
Mon processuss créatif est assez simple :
– Analyse du brief/ de la demande : lecture et/ ou échange avec le client
– Idéation : veille, beaucoup de veille, j’explore différentes approches, brainstorming, croquis
– Concentration
– Realisation
Pour moi l’idéation est la partie la plus importante.
9- Être femme et créative en Afrique, c’est aussi écrire une autre histoire. Quelles réalités astu vécues et quels combats te semblent encore nécessaires ?
Être une femme et graphiste en Afrique, c’est assez challengeant. Et c’était encore plus rare au moment où j’ai débuté : il y a 12 ans, en 2014, c’était un métier considéré comme « masculin », et j’étais l’une des seules Ivoiriennes à publier mes travaux sur les différentes plateformes sociales. On doutait de mes compétences et, parfois, plusieurs personnes disaient que mes créations étaient en fait celles d’un homme. Il y avait toujours cette surprise de savoir que « waouh, c’est une femme ». Les temps ont changé. Plus d’une décennie après, de plus en plus de jeunes femmes créatives osent et se lancent dans ce métier encore dominé par les hommes. Il y en a encore plusieurs qui n’osent pas publier leurs travaux ni faire valoir leurs compétences. Et c’est là que se situe le combat actuel : les pousser à s’affirmer, mais aussi à se former correctement et continuellement.
10- Aujourd’hui, avec le recul. Quelle version de Sandy regardes-tu dans le rétroviseur, et qu’est-ce qui te rend la plus fière dans ce parcours ?
Dans le rétroviseur, je vois la Sandy qui a marché dans les traces de son frère, pleine de doutes, mais très, très passionnée. Ce qui me rend le plus fière dans ce parcours, c’est que, malgré tout, la passion ne m’a jamais quittée une seule seconde ! C’est vraiment ce qui a fait ma force, ce qui me permet de surmonter les obstacles, de me former encore et encore, de m’adapter et, surtout, de devenir une meilleure version de moi même.
11- Quels nouveaux chapitres rêves-tu d’écrire, et quel message aimerais-tu laisser à la prochaine génération de créatifs ?
Personnellement, j’aimerais un jour passer aux chapitres des reconnaissances mondiales et devenir une référence africaine dans le domaine du food packaging design et du branding.
À la nouvelle génération, j’aimerais dire :
Le futur est là et il s’écrit avec l’innovation. L’IA générative est en train de révolutionner les métiers de l’image et de la publicité en général. J’aimerais leur laisser un message d’espoir et d’encouragement : ne soyez pas découragés par l’évolution rapide de ces technologies. Elles ne viendront pas vous remplacer, mais vous « augmenter ». De même, ne les laissez pas prendre trop de place. Ne laissez pas l’automatisme qu’offrent ces technologies vous rendre totalement dépendants. Formez-vous, cultivez vos singularités, votre sensibilité artistique et votre style personnel. C’est ce qui vous rend uniques.