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Sopie Micheline KIMOU

Dans un univers encore majoritairement masculin, Sopie Micheline Kimou s’impose comme une figure incontournable de la 3D et du VFX en Afrique. Récompensée Best Artist 3D aux African Creative Awards 2025 et deuxième prix au Lisolo Africa 2024, elle incarne la réussite et la persévérance. À travers son parcours, de ses études en création digitale à l’ISTC Polytechnique et l’ESMA d’Abidjan à ses projets professionnels en design web et infographie, Sopie ouvre la voie aux femmes qui rêvent de se lancer dans un domaine où elles restent trop rares, prouvant que la passion et le talent n’ont pas de genre.

1- Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de ce qui vous a poussée à vous lancer dans le graphisme et la 3D ?
Depuis toujours, j’ai été profondément attirée par la création visuelle. Après mon baccalauréat, j’ai été orientée vers la communication visuelle, où j’ai découvert le graphisme. Cela m’a permis d’acquérir les bases du design, de la composition et des couleurs, et surtout de comprendre comment communiquer à travers l’image. Un jour, je suis tombée sur une formation proposée par Afro VFX pour apprendre la 3D, et je me suis inscrite sans hésiter. Sur plus de 500 candidats, j’ai eu la chance d’être retenue. Cette sélection a été un véritable déclic : c’est à ce moment-là que mon amour pour la 3D est né. Elle m’a permis de passer de la création d’images à la création de véritables mondes, offrant une nouvelle dimension d’expression, plus immersive, plus ambitieuse et plus audacieuse.
2- Pourquoi avoir choisi la 3D et le VFX comme domaine principal, et qu’est ce qui vous passionne le plus dans ce métier ?
La 3D permet de sculpter l’imaginaire. Ce qui me passionne, c’est ce moment où une idée abstraite devient une image tangible. Travailler la lumière, la matière et le mouvement, c’est à la fois technique et poétique. Et avec les VFX, on peut même réinventer le réel. C’est un métier qui demande de la patience, mais la magie opère toujours à un moment donné.
3- Vous avez remporté le prix de Best 3D Artist aux African Creative Awards 2025. Que représente cette distinction pour vous ?
Recevoir le prix du Best 3D Artist aux African Creative Awards 2025 a été un moment profondément marquant pour moi. Au-delà du trophée, cette distinction représente bien plus. Elle symbolise tous ces moments de doute où je me demandais si j’avais réellement ma place dans un domaine encoremajoritairement masculin. Il y a eu des périodes où j’ai voulu abandonner, où je trouvais mes travaux « pas assez waouh », pas assez impressionnants, pas assez au niveau. Je me comparais beaucoup, je remettais tout en question. Mais justement, ce sont ces moments-là qui ont construit ma force. Ce prix vient valider un parcours façonné par la persévérance, la discipline et la passion. Il récompense les efforts invisibles, les sacrifices, les nuits passées à apprendre, à recommencer, à corriger et à m’améliorer sans relâche. Aujourd’hui, je suis fière du chemin parcouru.
4- Vous mentionnez avoir gagné “pour toutes les femmes qui rêvent de la 3D”. Quel message aimeriez-vous transmettre aux jeunes femmes qui hésitent encore à se lancer ?
Je veux leur dire que le syndrome de l’imposteur est un mensonge. On peut être talentueuse et douter. Les deux peuvent coexister. N’attendez pas de vous sentir « prête ». Vous ne le serez jamais totalement. Lancez-vous imparfaitement et apprenez en avançant.
5- Vous travaillez à la fois en tant qu’AFRO Artiste 3D chez AFRO VFX et Designer Web chez Barrière. Comment arrivez-vous à gérer ces différentes casquettes et quels apprentissages tirez-vous de chacune ?
J’ai appris à structurer mon temps et à prioriser. Chaque domaine nourrit l’autre : le web renforce mon sens de l’expérience utilisateur, et la 3D renforce ma créativité et ma vision artistique. Cette polyvalence est une force stratégique dans un monde où les profils hybrides sont recherchés.
6- Durant les périodes où la charge de travail est intense, comment gérez-vous le stress et les moments de pression ?
J’ai appris à écouter mon corps et à accepter que je ne puisse pas être performante 24 h/24. Le sport, la musique et, parfois, simplement le fait de déconnecter m’aident à retrouver un équilibre. Je m’impose aussi des pauses créatives.
7- Parmi tous vos projets, lequel vous a le plus marqué et pourquoi ?
Parmi tous mes projets, celui qui m’a le plus marquée reste le défilé virtuel. C’était un véritable défi. Je devais apprendre et maîtriser CLO 3D en seulement un mois pour une présentation importante. Un mois pour comprendre un nouveau logiciel, assimiler ses logiques, tester, rater, recommencer et, malgré tout, produire un résultat professionnel. Il y a eu des nuits blanches. Beaucoup de fatigue. Des moments de frustration où je me demandais pourquoi je m’étais lancée dans un défi aussi ambitieux. Ce projet m’a transformée. Il m’a appris que je suis capable d’apprendre vite, que je peux créer quelque chose d’impressionnant en peu de temps lorsque je suis concentrée et disciplinée. Il m’a surtout montré que mes limites sont souvent temporaires. Avec du travail et de la foi en soi, on peut dépasser ce que l’on pensait impossible.
8- Selon vous, quelles sont les évolutions majeures du design 3D et du VFX enAfrique, et comment voyez-vous votre rôle dans cette dynamique ?
Nous sommes à un tournant. De plus en plus de jeunes se forment, des studios émergent et, surtout, nous commençons à créer notre propre imagerie, loin des stéréotypes. Mon rôle, je le vois dans la transmission : ouvrir des portes, partager ce que j’ai appris et montrer qu’on peut vivre de son art ici.
9- Quel serait votre conseil principal pour quelqu’un qui souhaite se lancer dans la 3D ou le graphisme maisqui doute encore de ses capacités ?
Commencez. Même avec peu de moyens. La constance bat le talent. Publiez vos travaux. Formez-vous en continu. Le doute est normal, mais l’inaction est le vrai danger.
10- Quels sont vos objectifs pour les prochaines années et comment comptez-vous continuer à inspirer et impacter la communauté artistique africaine ?
Développer des projets à plus grande échelle, collaborer à l’international, me positionner comme une référence en 3D et en mode digitale en Afrique, et transmettre à travers des formations, des conférences et du mentorat.
11- Quel message souhaitez-vous donner aux femmes qui ont peur de se lancer dans ce domaine ?
La peur est normale. Mais imaginez, dans cinq ans, si vous n’avez pas essayé ? Les peurs ne disparaîtront jamais complètement, mais elles ne doivent pas conduire votre vie. Faites-le pour vous, faites-le pour celles qui viendront après. Chaque femme dans la 3D aujourd’hui ouvre la voie à dix autres demain.
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